“Il paraît qu’un saint est quelqu’un qui n’a plus d’inconscient, et qui, par conséquent, ne rêve plus. C’est en tout cas ce que j’ai lu dans un article sur la psychanalyse. (J’avais ouvert un magazine qui traînait pour faire passer le temps.) Un théologien était interviewé et disait que nous étions tous parasités par des mémoires bien plus larges que nos problématiques strictement personnelles, qu’un travail sur soi permettait de s’en libérer, et qu’à ce titres les méthodes thérapeutiques n’étaient pas si éloignées du travail spirituel. Son argumentation me laissait plutôt indifférent, mais sa définition de la sainteté retint mon attention au point de susciter chez moi une vraie inquiétude. Car, en y réfléchissant bien, je ne me souvenais plus de mes rêves depuis plusieurs jours, c’était le vide intégral au réveil, le blanc complet. Je ne rêvais donc plus. La conclusion s’imposait d’elle même avec la violence d’une demande en mariage : j’étais devenu un saint.”
Florian Zeller.