“Ma marche actuelle est ainsi latérale.
Chaque production est pour moi libération, ce n’est pas une construction qui veut me représenter. Je ne me contemple pas non plus sur mes travaux et nul ne peut se réfléchir sur moi, à partir de mes productions. Chaque œuvre réalisée est destinée à poursuivre seule sa route, elle ne m’entraîne pas à sa suite dès lors que je m’active déjà sur un autre terrain. […]
Pour moi, il est des formes plus ou poins actuelles ; toutes les formes sont à notre disposition, tous les matériaux, toutes les idées et tous les moyens de les exprimer. Le chemin où l’on marche en biais sur le côté mène hors du système, qui lui, va tout droit. Devant nous, plus aucune ligne d’arrivée, où arriver premier serait méritant, où arriver dernier ferait courir un blâme. Toute course effrénée vers un point abstrait engendre un système de conflit entre individus et masses. Avec l’avancée sur le côté, la course entre individus se fait sur des lignes parallèles. C’est que chaque individu avance à sa façon, sans se projeter hors de lui, ni sur des points abstraits, ni sur les autres. Sur cette voie, il n’y a pas de meilleurs ni de pires : chacun est ce qu’il est, chacun fait ce qu’il fait. Ici nul n’a besoin de feindre pour paraître le meilleur, et il devient très facile de communiquer dans un langage non structuré, parce que chacun fait facilement comprendre qui il est et comme il est. Finalement, pour comprendre et communiquer, les mécanismes de la perception peuvent fonctionner à plein.”
— MICHELANGELO PISTOLETTO